Le weekend dernier, un homosexuel s’est fait tabassé dans le centre de Bruxelles. De nouveau. En tant qu’homo bruxellois, vous êtes constamment confronté à la violence. La violence, qu’elle soit à l’encontre des homos, des femmes, ou d’autres personnes, est inacceptable et elle doit être contrée de manière active. Mais les homos sont plus souvent confrontés à la violence verbale que physique.
« Oh ! laisse tomber, les gens crient tellement », c’est ce qu’on entend. C’est vrai et ce n’est pas vrai. Dans une grande ville, où les gens vivent les uns sur les autres, il y a souvent des tensions. Mais il y a tout de même une grande différence entre quelqu’un qui vous interpelle parce vous ne lui avez pas laissé la priorité et quelqu’un qui vous insulte parce que vous êtes homo. Dans le deuxième cas, il s’agit en effet de votre personne. Et si vous êtes constamment insulté pour qui vous êtes, alors ça vous ronge.
Certaines personnes réagissent en se comportant autrement. Ils évitent tout comportement qui pourrait semer un « doute » et qui par conséquent pourrait donner lieu à une agression. Il ne s’agit en outre pas de comportement soi-disant provoquant mais de choses totalement normales : marcher main dans la main, enlacer votre amoureux(se),… Beaucoup d’homos et de lesbiennes n’osent le faire que dans un lieu sûr ou s’ils se sentent bien entourés. Si ce n’est pas le cas, alors ils préfèrent s’autocensurer, juste pour éviter des réactions négatives.
Je fais d’ailleurs partie de ces personnes. Cela fait des années que j’ai fait mon coming out. Dans mon entourage, à mon travail et dans ma carrière politique, j’ai toujours été ouvert sur mon homosexualité… mais marcher dans la rue main dans la main avec mon compagnon, je ne l’ose rarement ou jamais. Et si je le fais, je me sens souvent mal à l’aise. Pourtant j’aime mon compagnon. Mais je suis fatigué de toutes ces insultes et regards agressifs, donc je laisse tomber. J’ai l’impression que quelque chose qui m’est très cher m’est enlevé et j’en veux à ces personnes. Essayez un peu de vous imaginer que vous ne pouvez plus montrer spontanément votre affection pour votre amoureux(se). Même si vous voulez seulement donner un bisou ou prendre sa main, vous vérifiez toujours d’abord : « Ca va ici ? C’est sûr ? On n’aura pas d’ennuis ? » En fait, c’est inhumain. C’est pourquoi je peux difficilement comprendre les personnes qui minimalisent les agressions verbales.
La question logique est donc naturellement : « comment résoudre le problème ? » La réponse n’est pas simple. En premier lieu, nous devons rendre visible la raison du problème. Qui sont les responsables ? Ne sont-ce que quelques jeunes musulmans frustrés comme on peut le lire sur quelques forums ? Souvent, mais pas uniquement. Il y a aussi toutes sortes d’histoires sur des jeunes européens de l’Est qui se comportent agressivement à l’encontre des lesbigays. Un des agresseurs du weekend dernier s’avérait de nouveau être un Sud-Américain.
En tant que Secrétaire d’Etat chargé de l’Egalité des Chances, je travaille déjà depuis un petit temps sur la violence contre les lesbigays. Un des constats est que le problème ne vient pas tellement de la religion mais bien de la culture machiste dans laquelle beaucoup de nos jeunes Bruxellois grandissent. Pour un jeune qui, tout au long de sa jeune vie, a été mis sur un piédestal à la maison, qui a entendu tous les stéréotypes sur ce qu’est un « vrai » homme mais qui a en même temps développé une faible image de soi car il n’a pas de diplôme, ni de boulot et ni d’argent… pour ces jeunes, il n’y a apparemment qu’un petit pas à franchir avant de se défouler sur des personnes qu’ils méprisent : les femmes et les lesbigays. Que pouvons-nous faire pour que ces jeunes n’expriment plus leur frustration en insultant et en humiliant les autres personnes. Et également : Comment pouvons-nous éviter que ces insultes empirent jusqu’à la violence, comme on le voit chez certains jeunes.
Cela nécessite une double approche. D’abord à court terme : Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent, mais ils ne peuvent pas toujours faire ce qu’ils veulent. En d’autres mots : si quelqu’un pense qu’il vaut mieux qu’un homo ou qu’il trouve que les homos sont des pécheurs… c’est son propre droit. Mais cette personne ne peut pas frapper ou systématiquement insulter les gens car alors il dépasse les limites. C’est pourquoi il est par exemple si important que la police intervienne sévèrement contre les auteurs de violences homophobes et qu’en même temps la police fasse publiquement savoir qu’elle est du côté des victimes. C’est ainsi qu’on établit les limites.
A long terme, la mentalité de ces jeunes doit changer. Nous devons éradiquer le machisme. Nous vivons dans une société où les femmes ont les mêmes droits et où les homos ne sont pas considérés comme des gens anormaux et quelqu’un qui veut s’intégrer correctement dans la société, doit l’accepter et le respecter.
J’étais dès lors content d’avoir entendu hier, dans l’émission Terzake, le Ministre flamand de l’Enseignement, De Smet, dire qu’il voulait travailler à ce changement de mentalité via l’enseignement. C’est en effet extrêmement nécessaire. Les histoires au sujet d’écoles où l’homosexualité n’est pas, ou à peine évoquée car l’école a peur d’avoir des réactions négatives de la part des élèves, sont légions. Même dans les cours de biologie, il s’avère qu’il n’y a « pas assez temps » pour traiter du sujet.
Notre société a urgemment besoin d’une matière générale sur la citoyenneté dans laquelle un certain nombre de principes de base de notre société sont discutés. Les enfants à l’école apprennent comment se comporter dans la circulation routière, pourquoi dès lors ne pourraient-ils pas apprendre comment se comporter vis-à-vis des autres ? Je suis convaincu que si les règles sont établies explicitement, elles seront également plus facilement respectées. J’aimerais dès lors faire un appel à toutes nos écoles, tous réseaux confondus : faites également de vos élèves de vrais citoyens, c’est peut-être ce qu’ils apprendront de plus important dans leur vie.
Bruno De Lille
Secrétaire d’Etat pour l’Egalité des Chances
Région de Bruxelles-Capitale


